Documents officiels de la Cour suprême du Canada étalés.

Les allégations d'agression sexuelle au sein du SCRS soulignent la nécessité d'un contrôle externe

Les plaignants affirment que la procédure de plainte interne du SCRS est déficiente, ce qui expose les personnes qui se plaignent à des représailles sans qu'elles aient accès à une aide extérieure.

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Jason Walker, Université Adler

Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) a lancé une évaluation du lieu de travail de son bureau de Colombie-Britannique par une tierce partie après que de graves allégations d'agression sexuelle, de brimades et d'intimidation ont été récemment rendues publiques. Les dénonciateurs ont fait état d'allégations impliquant un officier supérieur qui a été retiré du lieu de travail.

En réponse, le Premier ministre Justin Trudeau a déclaré que ces allégations étaient "dévastatrices" et "absolument inacceptables" et que le gouvernement suivait "très directement" ces questions.

Malheureusement, il ne s'agit pas d'un incident isolé. Une culture toxique omniprésente d'abus a été documentée au sein du SCRS. En 2017, cinq employés du SCRS de la région de Toronto ont poursuivi le gouvernement canadien pour 35 millions de dollars, affirmant avoir été victimes de racisme, de sexisme et de harcèlement. L'un des plaignants dans cette affaire a déclaré plus tard que le processus de plaintes internes de l'agence était "complètement inefficace".

Le directeur du SCRS, David Vigneault, a déclaré que l'évaluation visait à éliminer les obstacles à la sécurité du lieu de travail et que la culture du SCRS avait permis à des comportements inappropriés de "s'envenimer". Pourtant, la direction du SCRS n'a toujours pas de comptes à rendre.

M. Vigneault a raison, il est grand temps d'agir. Toutefois, la question qui se pose est la suivante : pourquoi cela a-t-il pris autant de temps et pourquoi s'agit-il d'une évaluation du lieu de travail et non d'une enquête criminelle ?

La loi sur le CSIS empêche tout contrôle externe

Les récents plaignants allèguent que la procédure de plainte interne du SCRS est déficiente, laissant ceux qui se plaignent sans accès à une assistance extérieure et exposés à des représailles.

Cela est dû en partie à la loi sur le Service canadien du renseignement de sécurité, qui impose de lourdes sanctions en cas de divulgation de l'identité du personnel impliqué dans des opérations secrètes. Il est donc extrêmement difficile pour les victimes de demander une aide extérieure si leur travail a des répercussions sur la sécurité nationale.

Documents officiels de la Cour suprême du Canada étalés.
Les poursuites intentées en Colombie-Britannique par deux agents de surveillance du SCRS décrivent des agressions sexuelles, du harcèlement et d'autres actes répréhensibles présumés au bureau de la Colombie-Britannique de l'agence d'espionnage du Canada. LA PRESSE CANADIENNE/Graeme Roy

Les agents pensent également que l'organisation dissimulerait les fautes commises, ce qui rendrait difficile l'obtention d'une réparation externe. La réticence à déposer des plaintes est exacerbée par ce manque de confiance dans le système.

Les employés fédéraux sont confrontés à d'autres obstacles législatifs lorsqu'ils cherchent à obtenir un soutien et des mesures correctives s'ils sont victimes de violence au travail. La Loi sur les relations de travail dans le secteur public fédéral (LRTFP) régit les relations de travail au sein de la fonction publique fédérale, y compris le SCRS.

La FPSLRA s'appuie sur les politiques et procédures internes pour enquêter sur les plaintes et y remédier. Cela signifie essentiellement que les agences gouvernementales disposent d'une autorité importante pour enquêter sur des questions internes.

Ces obstacles législatifs placent les victimes d'abus dans une situation précaire où le fait de s'exprimer pourrait avoir des conséquences juridiques. Au début de l'année, la Cour suprême de la Colombie-Britannique a rejeté la plainte pour agression sexuelle et harcèlement d'une ancienne employée du SCRS pour défaut de compétence. La Cour a noté qu'un "dispositif législatif en place" - FPSLRA - signifiait que l'affaire restait de la compétence de l'employeur, le SCRS.

L'échec d'Ottawa dans la lutte contre les abus

Le SCRS n'est pas le seul à avoir un contrôle interne déficient en matière d'intimidation, de harcèlement et d'abus sexuels sur le lieu de travail. À maintes reprises, lorsqu'ils sont laissés à eux-mêmes, les organismes chargés de l'application de la loi ont mal géré l'inconduite sexuelle, les brimades et le harcèlement au sein de leur personnel.

Le directeur du SCRS, vêtu d'un costume bleu, est assis derrière un bureau, l'air pensif.
Le directeur du SCRS, David Vigneault, a déclaré que la culture du SCRS permettait aux comportements inappropriés de s'envenimer. LA PRESSE CANADIENNE/Justin Tang

La GRC a régulièrement négligé les dossiers de mauvaise conduite interne lorsqu'elle était chargée de faire la police elle-même. Plus d'un quart des femmes des Forces armées canadiennes (FAC) déclarent avoir été victimes d'une agression sexuelle au moins une fois pendant leur service militaire.

Le Canada a mis de côté plus de 800 millions de dollars en 2019 pour régler les recours collectifs intentés par des militaires actuels et anciens alléguant des agressions sexuelles. Cependant, il n'existe toujours pas de plan national réfléchi pour arrêter, confronter et changer la culture de violence sexualisée des FAC.

Un besoin urgent de réforme

Le cadre législatif actuel pour lutter contre les brimades, le harcèlement et la violence sexuelle sur le lieu de travail est inadéquat. À maintes reprises, les organisations se voient confier l'autorité légale d'enquêter sur elles-mêmes lorsqu'il s'agit de comportements répréhensibles. Les plaintes sont systématiquement mal traitées, ignorées ou dissimulées.

Une mesure audacieuse consisterait à considérer la violence au travail comme un problème de santé publique. La modification de la loi sur la santé publique pour traiter des abus sexuels sur le lieu de travail entraînerait un changement progressif et positif.

Le gouvernement fédéral devrait créer une commission nationale indépendante sur la violence au travail, habilitée à mener des enquêtes approfondies sur les allégations. Les gouvernements doivent également modifier les codes du travail fédéral et provinciaux afin de fournir une base juridique pour un contrôle externe.

Les allégations concernant le SCRS sont le dernier scandale en date à ébranler les services de police et de sécurité du Canada. Les personnes qui travaillent dans nos agences gouvernementales sont au service du Canada. Ils méritent d'être protégés et de rendre des comptes.La conversation

Jason Walker, directeur du programme et professeur associé, psychologie industrielle, organisationnelle et appliquée, Université Adler

Cet article est republié de The Conversation sous une licence Creative Commons. Lire l'article original.